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L'histoire de Pen Duick IV

L'oiseau futuriste

Pen Duick IV est sans doute l’invention la plus marquante d’Eric Tabarly. Pour concevoir le trimaran océanique qui va être le plus rapide du monde, il rompt avec la tradition des monocoques

 

Le trimaran géant répond à une recherche de vitesse pure, et marque la naissance des courses qualifiées "d’open" . Tabarly navigue encore sur Pen Duick III, mais il possède la révélation que les multicoques vont bouleverser la donne. Son instinct le pousse à concevoir un multicoque de 20 m de long pour la troisième Transat anglaise. Malheureusement, sa "pieuvre d’aluminium"  ne sera pas prête à affronter l’édition 1968 et il abandonne dans les premiers jours de l’épreuve. Une fois au point, Pen Duick IV pulvérise les records, réalise le tour du monde par le Horn en solitaire avec Alain Colas, puis gagne la Transat 72. Mais le dénouement est tragique : en 1978, dans la première Route du Rhum le premier grand trimaran du monde disparaît avec son skipper.

Naissance d’un géant.
Plusieurs multicoques participaient déjà aux premières Transat, mais aucun d’eux n’a encore séduit. Il faut dire que l’épreuve se court contre les vents dominants d’ouest et que ces bateaux larges et légers affirment surtout leur avantage au portant. La construction des multicoques de l’époque est aléatoire pour une navigation musclée. C’est à l’occasion d’un convoyage à bord du trimaran Toria avec l’architecte Dereck Kelsall qu’Eric Tabarly a la révélation du multicoque hauturier. Ce petit trimaran a remporté la course autour de la Grande-Bretagne et affiche un potentiel de vitesse bien supérieur à celui d’un monocoque. Plus léger, moins toilé, il est également plus facile à manoeuvrer en solitaire.


Une nouvelle fois, Eric transforme ses rêves en réalité. L’Ostar est la reine des épreuves océaniques «  open «  de la planète. Pour mettre toutes les chances de son coté, le vainqueur en titre ose concevoir un trimaran en aluminium de 20 mètres de long et 10 mètres de large avec des mâts tournants ! La construction de Pen Duick IV à l’arsenal de Lorient est une véritable aventure. Pour confirmer les choix architecturaux, comme il l’a déjà fait pour la goélette, Eric procède à des essais en bassin de carène et fait étudier la structure par un bureau d’études nantais. Aucun bateau analogue n’a encore été conçu et il faut de l’imagination, en particulier celle d’André Allègre, architecte marseillais, et beaucoup de technologie, pour inventer un tel navire. Les grèves du mois de mai 68 ne facilitent pas la construction.


Comparé aux trimarans actuels utilisant les matériaux composites et fort d’une expérience de plus de trente années, le IV possède l’apparence d’un « dinosaure ». Mais sur sa cale de lancement de Lorient en 1968, sa modernité a bouleversé le monde traditionnel du yachting et beaucoup ont douté de l’audace du coureur français. Dès les premières sorties, les 18 noeuds sont atteints sans difficulté. Le double de la vitesse de Pen Duick III. Mais au cours du convoyage entre Lorient et Plymouth quelques défauts mettent en évidence le manque de préparation d’un bateau aussi novateur. La commande du pilote automatique se dérègle au-dessus de dix noeuds, le ferrure de bôme se rompt. Malgré un violent choc à la poitrine occasionné par un empannage intempestif où le chariot de la grand voile circule sur le rail d’écoute circulaire, Eric est satisfait de passer le Raz de Sein à la vitesse d’un torpilleur. Quand il pénètre dans le bassin de Millbay Dock qui abrite à Plymouth la flotte des concurrents, le grand bateau porte déjà le surnom de « pieuvre géante », de « cours de tennis flottant » dont il possède la surface. En fait, Pen Duick IV navigue à 10 noeuds au près. Mais le trimaran géant manque de préparation et Tabarly le sait. L’ abordage avec un cargo dans les premiers jours de course l’oblige à revenir réparer à Plymouth. Trois jours et six heures plus tard, il coupe à nouveau la ligne. Mais quelques heures plus tard, il entre à Newlyn à la suite d’une avarie du pilote et annonce d’une voix blanche qu’il abandonne.

Quatre mois plus tard, en novembre 1968, Pen Duick IV appareille de La Trinité en direction de la Martinique. Le bateau a été revu, les mâts tournants remplacés par un gréement classique. L’intention d’Éric est de prouver les qualités du grand bateau et de le vendre aux USA. Dans la traversée Atlantique, le trimaran est d’abord contraint à faire escale aux Canaries pour s’abriter du mauvais temps où le vent montera à 70 noeuds. Puis dans les alizés, Pen Duick IV traverse l’Atlantique en 10 jours et 11 heures à la moyenne de 11 noeuds (sur 2640 milles). Il pulvérise ainsi tous les records !

Après le Canal de Panama, Pen Duick IV remonte le long de la Californie et s’attaque à la course Los Angeles-Honolulu. Les multicoques ne sont pas admis dans cette classique américaine et le trimaran court en parallèle. Pen Duick fait sensation en battant de 20 heures le grand monocoque Windward Passag, sans doute à cette époque l’un des plus rapides bateaux du monde. Son propriétaire a l’intention d’acheter Pen Duick, puis se ravise devant le rusticité des aménagements. Pen Duick IV continue à travers le Pacifique.

Alain Colas et Manuréva
La première vie du grand trimaran s’achève sur des souvenirs de croisière. C’est à l’occasion du retour vers la France, alors que le trimaran fait escale à Nouméa en automne 1969 que Tabarly se sépare de Pen Duick IV. Pour régler des impôts imprévus, Éric est obligé de sacrifier l’un de ses bateaux. Il préfère garder Pen Duick III qui peut disputer des courses classiques. Alain Colas, l’un des équipiers de Tabarly, se porte acquéreur du trimaran qu’il connaît bien.
Après avoir acheté le bateau, Alain Colas le ramène en France par le cap de Bonne-Espérance. En juin 1972 il remporte triomphalement à son bord la quatrième édition de la Transat en solitaire en 20 jours et 13 heures, pulvérisant le record de l’épreuve et justifiant les vues de son concepteur.
Puis en 1973, Alain Colas décide de faire le tour du monde par les trois caps en solitaire. Pour cela il révise Pen Duick IV, renforce la flottabilité avant des trois coques et le rebaptise Manuréva. Il appareille en même temps que les bateaux de la première Whitbread, fait esacle à Sydney et réussit son périple. A son retour en France, il est accueilli en héros. Pour l’édition suivante de la Transat, celle de 1976, il opte pour le monocoque géant Club Méditerranée (72 m) et doit s’incliner devant ... Eric Tabarly menant le monocoque Pen Duick VI. Deux années plus tard, alors que les anglais ont limité la taille des concurrents à 60’ (18,28m) pour leur Transat, le Français Michel Etevenon invente la Route du Rhum. Alain Colas est au départ avec Manuréva. C’est à cette occasion qu’il disparaît au voisinage des Açores sans laisser de trace. Les causes probables du naufrage ont pu être une voie d’eau soudaine dans une coque, la désintégration des bras de liaison, ou encore un abordage avec un cargo. Après tant d’années de succès, l’interrogation sur la disparition du grand trimaran d’aluminium demeure.

texte fourni par le Groupe Banque Populaire 

© Daniel Gilles



Palmarés de Pen Duick IV

De l'abandon, en juin 68 de la Transatlantique anglaise en solitaire jusqu'à sa tragique disparition, en 1978, sous le nom de Manureva, emportant avec lui son skipper Alain Colas lors de la 1ère édition de la Route du Rhum, retrouvez les grandes dates de Pen Duick IV.

LES GRANDES DATES DE PEN DUICK IV

8 juin 68Abandon de la Transatlantique anglaise en solitaire après un abordage suivi d’ennuis de pilote automatique
15 nov. 1968Nouveau gréement avec 2 mâts conventionnels non tournant
26 nov. 1968Départ de La Trinité sur Mer pour Fort de France, arrivée le 19 décembre après un arrêt à Ténériffe du 6 au 8 décembre.
8-19 déc. 1968Pulvérise le record de la traversée Canaries – Antilles en 10 jours et 12 heures à la moyenne de 11 nœuds.
2 février 1969Appareillage de Fort de France vers la Californie – San Francisco - via le canal de Panama
6 mars 1969Arrivée à San Diego
4-12 juil.1969Los Angeles – Honolulu, en partant une heure après tout les concurrents, arrive 1er battant de 24 heures le record de la course.
Automne 1969Vente de Pen Duick IV à Alain Colas
16 déc.71/19 fév.72Près de 10'000 milles en 66 jours avec Alain Colas en solitaire de la Réunion à St Malo
17 juin-7 Juil.19721er de la Transat 1972 avec Alain Colas
Juillet 1973Transformation de Pen Duick IV en Manureva au chantier La Perrière à Lorient
8 sep.73Tour du monde de Manureva-ex Pen Duick IV avec Alain Colas
16 nov. 1978Disparition de Manureva et de son skipper Alain Colas lors de la 1ère édition de la Route du Rhum entre Saint Malo et Point à Pitre



A bord de Pen Duick IV

Je veux aller à La Trinité où se trouve Pen Duick III pour faire se mesurer les deux bateaux l’un contre l’autre.

  En solitaire, à bord de Pen Duick IV, je bats facilement Pen Duick III, naviguant avec un équipage complet, à toutes les allures. Ceci renforce ma conviction que le trimaran est bien le bateau qu’il faut pour la course transatlantique. Cependant, si je pouvais encore choisir, c’est Pen Duick III que je prendrais à cette heure pour la course, car l’insuffisance de la mise au point de Pen Duick IV est évidente. Trop de choses clochent et cela m’inquiète... L’atelier qui construisait les deux appareils de pilotage automatique destinés aux deux bateaux m’a fait savoir au dernier moment qu’il ne pouvait pas terminer les deux appareils à temps. Il a donc fallu choisir. Pen Duick IV ne naviguait pas encore, mais j’étais tellement sûr qu’il serait plus rapide que Pen Duick III, que j’ai fait terminer son appareil. « 
©Eric Tabarly " de Pen Duick en Pen Duick " 



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