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A bord de Pen Duick II

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aout 1964 - Philippe Turmeau

Eric Tabarly sur Pen-Duick à l'Herbaudière - aout 1964

L'Herbaudière -

Ci-joint les diapos prises par le père Renaud DELARMINAT en aout 1964 ! ...ce jour ou est arrivé Eric TABARLY dans la "deu-deuch" du pére Renaud, le Pen Duik étant au mouillage à l'estacade du "bois de la chaise" (arrivée "guettée" depuis l'aube par tonton Gaby et pépé Vincent ! ) 


picto globe terrestrephotos de Renaud Delarminat

photo de Petipas Gérard

Petipas Gérard

Juin 1966 à bord de Pen Duick II par Gérard Petipas.

Midi approche, le soleil sera bientôt au zenith, l’heure de la méridienne va sonner !
Il est temps de préparer le chrono et de sortir le sextant de sa boite. Dehors grand soleil, mer peu agitée et horizon bien net tout est réuni pour une belle observation.
Eric est à la barre, Pen Duick a sorti toute sa garde robe : artimon, grand voile et les deux spi un sur le mat d’artimon et l’autre sur le grand mat. Pas un bateau en vue on aura les positions plustard, lors de la vacation de 16h.
Cette fois c’est l’heure  je m’installe bien calé dans la descente et amène le soleil sur l’horizon il monte encore un peu . Un dernier réglage pour bien faire tangenter l’image du soleil et l’horizon  et tout à coup tout disparait plus de soleil dans mon sextant  Pen Duick vient d’effectuer un demi-tour
Surpris et furieux je me retourne vers le barreur et vois Eric tourné vers l’arriere . Il fait passer la barre d’un bord à l’autre sans aucun  effet sur le cap du bateau.
Je me cale pour protéger mon sextant, Eric se retourne et calmement me dit «  on n’a plus de barre »
Je descends les trois échelons de l’échelle , regards interrogateurs  des équipiers qui somnolaient dans leur bannette.
« Tout le monde en haut on a perdu le gouvernail » je range mon sextant et les suit sur le pont. Tout le monde s’affaire  pour amener les voiles, avant qu’elles ne se déchirent.
Eric est debout dans le cockpit les bras croisés , cela dure une minute peut être deux et puis action !
« Philippe tu amènes le tangon de spi, Michel monte la boite à outils, Jurgen sort les planchers du carré, Gérard calcule moi la distance de la terre la plus proche   »
Je regarde ma montre il y a cinq minutes nous étions en course vers Copenhague et nous voila sans gouvernail au beau milieu de l’atlantique .
La haut tout le monde s’affaire, sans un mot. De ma table à carte ou je suis lancé dans mes calculs de distances  j’ai une impression  de grand calme ; le bateau est stoppé et roule un peu ; Eric est en train de clouer les planchers et de ligaturer le tangon pour nous faire un aviron de queue qui sera notre gouvernail de fortune.
Ce qui est frappant c’est le calme de l’équipage. En fait en regardant faire Eric on a l’impression qu’il a déjà vécu cette situation et qu’il sait parfaitement quoi faire que la situation n’a rien de dramatique d’où la sérénité de tous.
L’aviron de queue est paré , il faut maintenant  le fixer sur le tableau arrière et faire les essais.
On renvoie la trinquette et la grand voile avec un ris. On peut faire route et garder un cap.
A mon tour je donne à Eric les différentes distances de la terre, Les Bermudes que nous avons quittées il y a 4 jours, les Açores  cap au Sud Est avec des vents portants mais sans grand intérêt car nous serons toujours au milieu de l’atlantique  en avarie de gouvernail et sans argent pour réparer dans un chantier. Reste Halifax  cap au nord cela nous rapproche de notre route.
Cap sur Halifax on remet de la toile et en route. Tant que la vitesse ne dépasse pas 5ou 6 nœuds on arrive à gouverner sans trop de mal au dela il faut être deux sur le tangon sur lequel on a gréé une planche qui permet de tenir la pelle verticale. Les heures de barre sont de plus en plus pénibles d’autant que plus on gagne vers le nord plus le temps est chagrin  humidité, brume et vent debout .
Quelques jours avant d’arriver Eric me demande la distance pour St Pierre et Miquelon. « Au moins la ,nous dit il, on parle français !! »
En fait cette destination plait à tout le monde,  StPierre et Miquelon  c’est la pêche à la morue, les terre-neuvas, Pierre Loti ou Jack London…un morceau d’imaginaire.
Cap sur St Pierre c’est pratiquement le même cap et la même distance et dans les deux cas nous n’avons aucune carte ni instructions nautiques juste le livre des feux de l’Atlantique Nord.
Je propose à Eric de reconstituer la carte des approches de St Pierre. Pour ce faire nous prenons une carte de Belle –ile qui est à la même latitude que St Pierre. Nous reportons toutes les indications du livre des feux : phares , tourelles, bouées de chenal. L’ennui c’est que l’on ne sait pas ou est le haut fond , le caillou ou la terre par rapport aux points du livre des feux portés sur « notre » carte au nord ? au sud ? à l’ouest ? à l’est ? et le tout dans une brume à couper au couteau qui ne nous a pas quittée depuis 5 jours d’où une navigation à l’estime, la fiabilité du gonio m’ayant toujours laisssé perplexe sauf en homing. Heureusement nous avons un bon sondeur.
Avantage de la brume les sons portent bien et l’on entend la corne de brume du phare de Galantry et la cloche d’une bouée qui se rapproche vite bien qu’Eric ait fait réduire la toile . En fait on ne voit pas  la bouée mais une tourelle dont le signal deux cônes pointes en bas est complétement  tordu on approche doucement Eric à la barre, Michel à l’avant , Philippe au milieu et moi à la table à carte l’œil rivé sur le sondeur. On emprunte un chenal qui, nous le saurons quelques heures plus tard , est abandonné parce que dangereux.
On avance doucement, les fonds montent et brusquement sort de la brume une digue constituée d’enrochements et sur ces cailloux deux gamins qui pêchent. L’un des deux voyant ce bateau noir sortir de la brume laisse tomber sa ligne et s’enfuit l’autre regarde incrédule ce bateau sorti de nulle part. On le hèle et on lui demande ou est l’entrée du port il tend son bras vers la droite Eric prend donc cette direction , notre guide disparait ,happé par la brume, et nous on essaie de suivre la jetée sans s’éloigner de façon à ne pas rater l’entrée.
Voila l’extrémité du môle, on s’engage dans ce que l’on pense être la passe. On entend des bruits et des voix et tout à coup devant nous une barge avec des ouvriers à bord. Deux sont dans un doris et nous voyant ils rament vers nous. Arrivés prés du bord ils découvrent qu’il s’agit de Pen Duick et ils reconnaissent Eric . Du coup ils repartent à force rames vers leurs collègues et l’on entend «  C’est pas des Canadiens c’est Tabarly sur son Pen Duick »
Succés assuré 2, 3, 4 doris nous rejoignent et nous guident vers le fond du port et le quai qui nous accueille ;Le «  voyage » est terminé .L’accueil des St Pierrais sera extraordinaire et ce pendant les 5 jours et 5 nuits que dureront cette inoubliable escale.



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"Dans la course retour Lequeito-La Trinité, nous démarrons par brise moyenne portante. Ca ne va pas trop mal. Puis la brise force jusqu'à 7et, dés ce moment, nous faisons des étincelles. Nous prenons la tête devant Outlaw. Hélas, je fais une erreur de navigation qui va nous faire arriver avant-derniers. Du moins ces deux courses m'ont elles prouvé que le bateau était très bon dans la brise à toutes les allures et qu'il était très mauvais par petit temps".

© E Tabarly  De Pen Duick en Pen Duick.



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